3. La naissance et la vie cachée de Jésus

Lc 2,7 et 2,49-51

Le «refrain» de saint Luc conclut deux tableaux de l’enfance de Jésus, celui de la naissance humble et discrète à Bethléem, et celui de la vie à Nazareth, après l’épisode dramatique du Temple. «Repassons» ces mystères, puisque c’est l’attitude que le Concile demande, en s’appuyant sur les mêmes textes de saint Luc, aux croyants, saints, pasteurs et théologiens3.

La naissance de Jésus que rapporte saint Luc (Luc 2,1-20) n’est pas suivie, comme chez saint Matthieu, par la visite des mages, la fuite en Égypte, le massacre des innocents. Ici, la venue de Jésus ne cause aucun émoi religieux, elle n’est accompagnée d’aucune violence politique. Jésus s’insère au contraire dans l’histoire en respectant ses rythmes et ses circonstances (souverainetés, recensement, temps d’enfanter). Si quelques bergers viennent à la crèche, c’est que l’armée céleste est intervenue, dans la discrétion coutumière aux messagers de Dieu. Naissance obscure et comme en exil, dira saint Ignace dans les Exercices, et c’est bien ce dont Marie est, avec saint Joseph, le premier témoin. Plus loin seront évoquées la circoncision et la présentation au Temple, avec les paroles étonnantes de Syméon et d’Anne, mais tout se passera au travers des rites ordinaires qui entourent la naissance d’un premier-né juif. Or, pour le cœur de Marie, c’est le mystère de la foi qui s’accomplit au milieu de nous.

Il en ira de même durant toute la vie cachée du Seigneur, que l’épisode des retrouvailles au Temple (Luc 2,41-51) vient éclairer d’un mystérieux éclat. La mort et la résurrection sont préfigurées dans cette recherche qui aboutit, au bout de trois jours, à retrouver Jésus auprès de son père. Mais c’est lui qui a l’initiative de cette disparition, lui qui peut seul en donner l’interprétation. À la question que lui adresse sa mère, le jeune Jésus répond par une autre question : «mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ?» – «pourquoi donc me cherchiez-vous ?». Le «tourment» de ses parents4 n’est pas la mesure du devoir d’être aux affaires de son père» qui anime Jésus, ses parents devraient le savoir. Mais, après cet apprentissage très abrupt pour Joseph et Marie («ils ne comprirent pas la parole qu’il leur avait dite»), la vie quotidienne reprend, toute traversée déjà de l’abîme qu’ouvre l’avenir. C’est sur ce mystère que veille fidèlement le cœur de Marie. Jésus peut «avancer» devant Dieu et devant les hommes : quelqu’un déjà le suit.


3. Dei Verbum 8.
4. Le mot est très fort : on ne le trouve chez Luc qu’en 16,24, à propos du mauvais riche qui a laissé mourir Lazare.

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