1. Dans l’Ancien Testament : le père, le roi, le prophète, le sage

Plusieurs passages de l’Ancien Testament éclairent l’expression typée de saint Luc selon laquelle Marie gardait ou «repassait» inlassablement «ces choses» en son cœur. Déjà attribuée à Jacob, en Genèse 37,11, cette attitude, qui fut peut-être celle d’Abraham1, surgit à propos de Joseph racontant à ses frères les songes prémonitoires de sa prééminence : son père lui impose le silence, mais garde la chose dans sa mémoire, jusqu’à ce qu’advienne le salut de tout le clan.

Plus loin, l’expression est attribuée à David (1 Samuel 21,13), qui réfléchit sur les paroles entendues et simule la folie pour échapper à ses ennemis. On trouve de même, chez Isaïe (Isaïe 47,7-8) une injonction à considérer en son cœur les événements de la rédemption et à méditer sur leur fin (cf. Isaïe 46,8 et Lamentations 1,9), vrai refrain de la Bible, depuis l’alliance du Sinaï (Deutéronome 32,28-29). C’est pourquoi Salomon demande la sagesse : «Méditant ces pensées en moi-même et considérant en mon cœur qu’on trouve l’immortalité dans l’union avec la Sagesse» (Sagesse 8,17). Plus proche du Christ encore, le livre de Daniel nous montre le voyant atterré par ses révélations : «Moi, Daniel, mes pensées m’épouvantèrent grandement et je changeai de couleur. Et je conservai la chose en mon cœur» (Daniel 7,28). Comme chez Jacob, «garder cette chose», la «conserver en son cœur», c’est réagir par le silence et l’attente à une prémonition qui fait trembler devant l’avenir.

De même donc que Jacob pressentait le drame où s’engageait son fils, de même qu’il faut, pour sauver sa vie (David), se souvenir des actions de Dieu (Isaïe), de même que Daniel prévoyait l’effondrement des empires qui l’entouraient, ainsi Marie sent combien son fils lui échappe et elle consent d’avance à cette apocalypse, portée par la foi de son peuple et l’espérance en la victoire de Celui qui sauve, à travers l’eau et le feu.


1. Selon Maïmonide, dans un commentaire de la Torah, Abraham, encore en Chaldée, «méditait en son cœur et réfléchissait».

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