1. Le cœur chez saint Luc

Commençons par chercher ce que signifiait le cœur pour saint Luc. On rencontre, dans l’Évangile de saint Luc, le mot cœur à peu près une vingtaine de fois. Si on regarde les différents endroits, on voit que le cœur est d’abord le lieu où naissent les pensées de l’homme (Luc 9,47) : « Jésus sachant la pensée de leur cœur » ; ou bien un peu plus loin Jésus dit : « pourquoi ces pensées dans vos cœurs ? ». Et encore après la Résurrection : « Pourquoi ces pensées rentrent-elles dans vos cœurs ? » (Luc 24,38) , demanda Jésus ressuscité ses apôtres. Le cœur, c’est le lieu des pensées profondes et des interrogations importantes : le lieu où l’on se parle à soi-même et d’où naissent aussi les paroles que nous disons. Quelques autres passages : « Tous se demandaient en leur cœur si Jean n’était pas le Christ » ; c’est, évidemment une interrogation très importante pour les Juifs. Au chapitre 12, dans une parabole Jésus dit : « Si ce serviteur dit en son cœur, mon maître tarde à venir… » (Luc 12,45) ; ou bien encore Jésus dit : « L’homme bon, du bon trésor de son cœur sort ce qui est bon ; celui qui est mauvais de son mauvais fond sort ce qui est mauvais, car c’est du trop-plein du cœur que parle sa bouche » (Luc 6,45). Toutes ces images qui nous parlent du cœur suggèrent en même temps une idée de profondeur d’où l’on tire quelque chose, ou bien d’où remontent des pensées et des paroles.

Mais le cœur n’est pas seulement le lieu où naissent les pensées personnelles de l’homme et d’où naissent ses paroles, le cœur est aussi le lieu où l’homme accueille les paroles et les événements, les pensées qui lui viennent du dehors ; nous le voyons en un certain nombre d’autres endroits. Ainsi, en Luc 1,66 : « Tous ceux qui entendaient parler de ces choses – ce sont tous les événements qui concernent Jean-Baptiste – les déposèrent dans leur cœur ». Et ce verset est très proche des deux versets qui concernent Notre-Dame et où il est dit qu’elle conserve toutes choses en son cœur. Tous ces événements, elle les met dans son cœur. Puisque dans tous ces cas-là, il est question de paroles et d’événements qui sont déterminés par Dieu, garder toutes ces choses en son cœur équivaut pratiquement à croire : on accueille ce que Dieu dit, ce que Dieu fait. Et de ce fait, le cœur devient le lieu de la foi, le lieu où l’homme accueille vraiment la parole de Dieu. C’est visible tout particulièrement dans la parole du semeur, au ch. 8 : « la semence, dit Jésus, c’est la Parole de Dieu ; ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont entendu, puis vient le diable qui enlève de leur cœur » (Luc 8,12)… Un peu plus loin, « ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui ayant entendu le parole avec un cœur noble et généreux la gardent et portent du fruit » (Luc 8,15). Donc le cœur, c’est vraiment l’endroit où j’accueille la parole de Dieu, où elle est semée. Et aux disciples d’Emmaüs, Jésus dit : « Cœurs sans intelligence, lents à croire » (Luc 24,25). Donc, c’est vraiment avec le cœur que l’on croit et bien sûr, même si le cœur peut être sans intelligence, cette foi n’est pas une foi purement intellectuelle ; le cœur dont elle procède, c’est vraiment toute la disposition de l’homme devant Dieu et sa parole ; c’est la liberté humaine dans sa profondeur ultime, dans son être devant Dieu ; et finalement le cœur, c’est le centre même de la personne. C’est à ce centre personnel que Jésus fait appel quand il dit à ses témoins : « Mettez-vous bien dans le cœur que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense » (Luc 21,14). Ou bien quand il dit : « Là, où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » (Luc 12,34).  Le cœur est ce qui se convertit quand l’homme obéit à la parole de Dieu, par exemple quand Jean-Baptiste vient « tourner le cœur des pères vers leurs enfants » (Luc 1,17).

Et c’est ainsi que le cœur en arrive, dans l’Évangile de saint Luc, à désigner la personne elle-même dans sa décision pour ou contre Dieu. Je cite un certain nombre de versets qui nous le montrent bien : « vous qui vous donnez pour justes devant les hommes, Dieu connaît pourtant votre cœur » (Luc 16,15). Dieu « disperse les hommes au cœur superbe » (Magnificat, Luc 1,51). Le signe de Siméon (au début de l’Évangile) est donné « afin que soient dévoilées les pensées de bien des cœurs » (Luc 2,35). Le cœur, c’est la profondeur de l’homme qui est déjà dévoilée pour le regard de Dieu et qui sera dévoilée aux yeux de tous lors du Jugement. Il faut donc, dit Jésus, prendre garde « que vos cœurs ne s’appesantissent pas dans la débauche, l’ivrognerie, les soucis de la vie » (Luc 21,34) ;  au contraire, il faut que vos cœurs demeurent brûlants : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au dedans de nous quand Il nous parlait en chemin et qu’il nous expliquait les Écritures », se demandent les disciples d’Emmaüs (Luc 24,32). Car finalement, le cœur, c’est le lieu de l’amour. Ici il faut citer un verset, le dernier que nous citerons – c’est un des plus importants – c’est Jésus qui répond aux scribes qui l’interrogent sur le premier commandement et Jésus cite le Deutéronome : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Deutéronome 6,5). Nous avons ainsi relu ensemble un certain nombre de versets de l’évangile de Luc où il nous parle du cœur et nous voyons que le cœur, pour saint Luc, c’est le lieu des pensées intimes, des pensées profondes, c’est le lieu de l’accueil de la parole de Dieu, le lieu de la foi, c’est le lieu de la décision pour Dieu et finalement le lieu de l’amour. On pourrait dire que le cœur, c’est la profondeur de l’homme et finalement de la personne elle-même. 

Le cœur est donc, pour saint Luc, le siège des pensées, comme nous l’avons vu ; mais, des pensées vraiment enracinées dans la décision dans la liberté et même dans l’affectivité et dans le corps ; car le cœur reste bien un organe du corps, pour les juifs comme pour nous. On peut le sentir battre en soi, s’affoler ou s’apaiser, s’appesantir ou s’alléger, se refroidir ou se réchauffer. Le cœur, ce sont les pensées mais les pensées vraiment dans leur liaison avec le corps et avec toute l’affectivité et le cœur symbolise ainsi toute la personne, corps et âme dans son engagement vis-à-vis de Dieu. Et ce symbole manifeste que Dieu prend tout l’homme : pas seulement en lui ce qui pense mais aussi toute son affectivité et tout son corps, c’est au cœur que Dieu s’adresse, c’est-à-dire à la personne et le cœur est précisément le centre où tout d’une certaine manière est lié ensemble. Parler du cœur de Marie, c’est donc parler de sa profondeur, de son intimité avec Dieu, de son intimité avec elle-même, avec l’histoire du salut ; c’est parler de sa foi et de son amour, de l’engagement de toute sa personne, corps et âme vis-à-vis de Dieu et c’est parler aussi de son espérance, car l’espérance est liée au souvenir, à la mémoire et les deux versets qui parlent du cœur de Marie constituent ce qu’on appelle dans l’Évangile de l’enfance « les refrains du souvenir ». Il y a trois moments dans l’Évangile de l’enfance en saint Luc où vient comme un refrain – il y a d’autres refrains qui viennent mais il y a entre autres ce qu’on appelle les refrains du souvenir et deux concernent la Vierge. Le troisième, nous l’avons cité aussi : « ayant entendu parler des événements (à propos de Jean-Baptiste) ils déposèrent tout cela dans leur cœur » (Luc 1,66).

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3. Mémoire de la résurrection

Pourquoi est-ce que rencontrer le Ressuscité implique toute une activité de la mémoire ? Parce que rencontrer Jésus ressuscité, c’est le rencontrer tout entier ; c’est donc retrouver aussi tout le passé de Jésus, tout ce qu’on a vécu avec lui, toutes ses paroles, tout son mystère.

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4. Une rencontre eucharistique

Si rencontrer Jésus ressuscité, c’est aussi faire mémoire de lui, nous comprenons aussi que la vraie reconnaissance de Jésus ressuscité a lieu dans l’Eucharistie. C’est d’ailleurs le sens profond de la rencontre d’Emmaüs.

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5. Le Cœur de Marie

Porter le nom de Sœurs du Saint-Cœur de Marie, cela veut dire entrer dans l’activité même qui a été celle de ce cœur : se souvenir de Jésus, garder présents, vivants dans son cœur, les événements, les paroles de Jésus, tout ce qui le concerne.

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