Prier avec Ignace

La longue maturation spirituelle qui caractérise la vie d’Ignace de Loyola a valu à l’Église la grâce de la prière des Exercices spirituels. Il nous dit lui-même ce qu’il faut entendre par là :

Par ces mots d’exercices spirituels, on entend toute manière d’examiner sa conscience, de méditer, de contempler, de prier vocalement ou mentalement, et toute autre activité spirituelle, comme on le dira plus loin. De même en effet que la promenade, la marche et la course sont des exercices physiques, de même on appelle exercices spirituels toute manière de préparer et de disposer l’âme pour écarter de soi tous les attachements désordonnés, puis, quand on les a écartés, chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie, pour le bien de son âme (ES 1).

L’apprentissage de cette «prière dans la vie», qui dure normalement un mois, donne de sentir, avec le Christ et avec l’Église, la volonté créatrice et rédemptrice de Dieu, dans notre histoire personnelle et universelle. Nous pouvons en retenir quelques moyens de nous aider à l’oraison : comment prier ? que prier ?

Comment prier ?

Tout d’abord, il convient de s’en remettre à Dieu lui-même, au commencement comme à la fin de la prière ; il y aura donc une manière d’entrer et une manière de sortir de la prière, respectueuse de Celui à qui on veut s’adresser. C’est pourquoi Ignace propose une prière préparatoire et une conversation ou un colloque final :

Prière : la prière préparatoire consiste à demander la grâce à Dieu notre Seigneur, pour que toutes mes intentions, mes actions et mes opérations soient purement ordonnées au service et à la louange de sa divine Majesté (ES 46).
Faire un colloque, c’est proprement parler comme un ami parle à son ami, ou un serviteur à son maître. Tantôt on demande une grâce, tantôt on s’accuse d’une chose mal faite, tantôt on confie ses affaires et on demande là-dessus conseil (ES 54).

Mais déjà avant l’oraison, on peut se préparer, de même qu’on peut y réfléchir quand elle est terminée :

Après le coucher, au moment de m’endormir, penser, durant le temps d’un Ave Maria, à l’heure où je dois me lever et pour quoi ; et repasser l’exercice que j’ai à faire (ES 73).
Une fois l’exercice terminé, pendant l’espace d’un quart d’heure, soit assis, soit en me promenant, je regarderai comment s’est passée la contemplation ou la méditation. Si c’est mal, je verrai de quel cause cela provient, et, l’ayant vu, je m’en repentirai, pour m’amender à l’avenir. Si c’est bien, je rendrai grâce à Dieu notre Seigneur, et je m’y prendrai une autre fois de la même manière (ES 77).

Pour que la prière mobilise l’être tout entier, il convient aussi d’y entrer avec son corps. D’où les sages indications d’Ignace :

À un ou deux pas de l’endroit où je dois contempler ou méditer, me mettre debout, pendant le temps d’un Pater Noster. L’esprit levé vers le haut, considérer comment Dieu notre Seigneur me regarde, etc. ; et faire un acte de respect ou d’humilité (ES 75).
Commencer la contemplation tantôt à genoux, tantôt prosterné à terre, tantôt étendu le visage vers le ciel, tantôt assis, tantôt debout, visant toujours à chercher ce que je veux. Il y a deux points à noter : 1° si c’est à genoux que je trouve ce que je veux, je m’en tiendrai là ; si c’est prosterné, de même, etc. 2° au point où je trouverai ce que je veux, je me reposerai, sans être avide d’aller plus avant, jusqu’à ce que je me trouve rassasié (ES 76).

Que prier ?

Pour ce qui est du contenu même de la prière, Ignace propose souvent une contemplation en plusieurs points : tout d’abord, il faut se rappeler l’histoire à contempler (par exemple, un mystère de l’Évangile) ; on laisse alors l’imagination «composer» le lieu, puis il s’agit de demander ce que je veux, en fonction de telle contemplation.

Ensuite, lorsqu’on a été rendu présent au mystère, regarder les personnages, les écouter, considérer ce qu’ils font ; et laisser toujours les choses se réfléchir en soi-même, pour en tirer quelque profit. C’est de cette manière que nous sommes progressivement éduqués à sentir et goûter spirituellement les choses de Dieu.

Ainsi, sous le regard de Dieu, avec l’aide du Fils, de Notre-Dame et de tous les Saints, notre prière prend peu à peu la figure de l’entretien du Christ avec son Église, pour notre salut et celui du monde entier.

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