« La première chose qu’on doit leur apporter, c’est de l’amour... »
Sœur Christelle
Les locaux de l’Ancre, où travaille sœur Christelle
Entrée à 32 ans dans la Congrégation (2004), sœur Marie-Christelle, qui sait « parler à l’oreille des chevaux » puisqu’elle les a longtemps fréquentés et soignés, s’est ensuite formée à l’éducation des enfants et des jeunes en difficultés familiales. Amie de don Bosco et de saint Ignace, sportive accomplie, elle poursuit son travail d’éducatrice responsable dans la maison d’enfants fondée par la Congrégation, tout en s’initiant à l’accompagnement spirituel.

Sœur Christelle, vous êtes membre de la Congrégation depuis une quinzaine d’années. Pourquoi avoir choisi une toute petite Congrégation de spiritualité ignatienne ?

Je pense que c’est le Seigneur qui m’a conduite parce que j’ai été voir ailleurs, et ce qui m’a surtout convenu, dans la congrégation, je ne sais pas si c’est saint Ignace, mais c’est surtout le fait que les sœurs travaillaient avec des jeunes. Et vu que j’avais un diplôme d’éducatrice, j’avais envie de continuer dans ce domaine.

Depuis votre entrée, vous avez toujours travaillé auprès de jeunes en difficultés sociales. Que leur donnez-vous, que vous apportent-ils ?

C’est une belle question. Je dirais en premier lieu que ce que je leur apporte, c’est de l’amour. Ce sont des enfants qui sont séparés de leurs parents et la première chose qu’on doit leur apporter, c’est de l’amour. Don Bosco disait : « les aimer, c’est bien, mais il faut leur dire que vous les aimez ». Et c’est, je pense, la première chose à faire. Et puis, ils nous le rendent, systématiquement ; ils nous rendent ce que nous leur donnons ; c’est primordial et cela va dans les deux sens.

En quoi consiste au juste ce travail d’éducatrice sociale ? S’agit-il d’être sur le terrain ? dans un bureau pour écrire des rapports ?

Pour moi, c’est un peu les deux, parce que depuis deux ans, je suis « coordinatrice » de l’équipe éducative, donc, je suis à mi-temps sur le terrain, et à mi-temps dans mon bureau, pour organiser les choses. Mais mon premier but, c’est de travailler au milieu des jeunes ; ce que nous visons, c’est les accompagner pour qu’ils puissent grandir le mieux possible, avec des balises, pour qu’ils puissent un jour se retrouver dans la société dans laquelle on vit, ce qui ne sera pas toujours évident. On les ouvre vraiment vers l’extérieur, c’est important qu’ils puissent avoir une vie sociale extérieure à l’institution. D’où, en plus de l’école, les stages, des activités sportives à l’extérieur, les scouts, tout ce genre de choses.

Vous pratiquez le tennis de table et vous faites partie d’un club de self défense. Comment vos partenaires accueillent-ils votre engagement religieux ? N’en sont-ils pas totalement surpris ?

Je n’ai pas eu trop d’échos, je dois l’avouer ; mais quand j’ai dit à mon coach de self défense que j’étais religieuse, il m’a dit : « ah, je trouve ça vraiment super » ; et je ne me sens pas du tout en marge. Les gens acceptent que je sois religieuse. Ils sont évidemment très surpris de me voir habillée comme eux, donc, pas de voile, une tenue spéciale adaptée à notre sport. Ils découvrent la vie religieuse différemment de ce qu’ils connaissent. À part ça, pas beaucoup de retours ; on ne se voit pas tous les jours non plus ; et je ne m’exprime pas beaucoup sur le sujet. Les gens savent que je suis religieuse et ça va.

Vos racines familiales ont poussé dans la terre. Cela vous aide-t-il encore aujourd’hui, d’avoir vécu dans une ferme, avec des parents cultivateurs et éleveurs ? Cette première formation vous aide-t-elle encore aujourd’hui ?

Je pense que oui, parce que  le fait d’avoir touché la terre, de l’avoir remuée, permet une certaine sensibilité au toucher. Longtemps je me suis demandé ce que voulait dire : « le grain de blé doit mourir quand il est jeté en terre ». Je ne comprenais pas. Un jour, Papa a gratté le sol et il a dit : « tu vois, celui-là, il ne va pas pousser parce que, justement, il n’est pas mort, et du coup, il ne s’est pas ouvert ; il fallait perdre une certaine couche pour laisser partir le germe et avoir du fruit ». Ces petites choses de l’Évangile dont le Christ parle, ces choses très concrètes, j’en suis toujours touchée, comme par exemple la brebis perdue. Déjà de parler de brebis ou de moutons, même si on n’en a pas eu à la maison, ça me touche toujours, ce sont des animaux, et il y a un lien qu’on peut créer avec tout ça. Ce sont des choses qu’on vit dans notre vie quotidienne, pas seulement celle de Jésus, nous aussi ; et donc, les paraboles du Christ me touchent relativement fort. Quelque chose m’interpelle, donc, oui, une sensibilité reste d’avoir touché la terre.

Et d’avoir touché les chevaux, aussi ?

Oui, les chevaux aussi. Mais il y a autre chose là. Même si cela coûte cher, des enfants qui vont mal peuvent développer avec cet animal une relation très particulière. Ayant fait moi-même du cheval pendant dix ans, je sais que chez des jeunes le contact avec le cheval est plus qu’important. Une jeune me disait un jour : « quand je vais monter à cheval, mon cheval, je lui dis tous mes problèmes ; il ne me répond pas, mais il m’écoute, et j’ai pu lui parler, et ça me fait plus de bien que d’aller chez le psychologue ». Et j’ai vu une évolution chez cette jeune tout le temps qu’elle a pu faire de l’hippothérapie et surtout parler, pour elle qui avait du mal à le faire. Le contact avec le cheval est très important.

Comment peut-on mener de front la prière, le travail, la communauté, et tout le reste ?

Ce n’est pas facile, mais c’est d’abord une question d’organisation. J’étais déjà assez organisée, à la base, mais la durée du noviciat m’a vraiment confortée et apporté des choses au niveau de l’importance de l’organisation. Je ne peux pas démarrer la journée sans avoir pris le temps d’aller à la messe et de prier. Surtout, quand je pars travailler tôt, je dois prendre ce temps de prière avant de commencer, parce que quand je reviens le soir, je sais que c’est inutile. La vie de prière et le travail je parviens à les concilier. Mais la vie communautaire, ce n’est pas aussi évident. J’essaie quand je suis là d’être présente, de prendre en charge, en plus de mon service de ménage, l’animation des Vêpres, de prier, de manger et d’échanger avec les autres sœurs ; depuis peu, la supérieure de la communauté m’a demandé d’assurer les comptes communautaires, ce que je fais tous les mois. Et cela me réjouit de rendre ce service que j’aime beaucoup.

Retenir le meilleur

L’Ancre, une maison de Bruxelles où sont accueillis et accompagnés des jeunes de 3 à 18 ans. C’est là que sœur Christelle est envoyée en mission par sa congrégation, les Sœurs du Saint-Cœur de Marie. Sur le terrain et comme coordinatrice de l’équipe éducative, elle côtoie les enfants dans tous les aspects de leur vie, et cherche, pour chacun, à « retenir le meilleur ». Une aventure au long cours portée par la tradition et la prière de toute la congrégation.

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